24 nov. 2012

La Problématique Dans La Culture Hip Hop Par Sam P.Beaudry


SAMUEL PRUNEAU BEAUDRY             
ÉTAPE : LA PROBLÉMATIQUE 
La Culture Hip-Hop                                                                                                                                                 

Démarche d’intégration en sciences humaines (300-301-RE)  
Département des sciences humaines
Cégep de Saint-Laurent
Le 14 Novembre 2012

1. Revue de la Littérature
Dans son livre intitulé La Culture Hip-Hop Dans Tous Ses États, Steve Gadet définit la culture comme étant «un système dynamique qui adopte de nouveaux éléments et en perd d’autres continuellement.»[1] Il décrit par la suite trois sources qui caractérisent les changements culturels :


Au départ, l’invention qui produit de nouveaux objets, de nouvelles idées et de nouveaux modes sociaux. Puis, la découverte, qui a lieu lorsque les individus remarquent certains éléments dans le monde et apprennent à les utiliser d’une manière nouvelle. Et enfin, la diffusion, qui modifie une culture lorsque le commerce, la migration et les médias de masse répandent ces éléments à travers le monde.[2]

Selon lui, la culture hip-hop «possède l’essence des cultures, elle recherche le contact avec l’autre. Même si le mouvement possède une histoire, une tradition réelle, il ne se réduit pas au rap, ni aux africains-américains, ni aux clichés déversés par les clips vidéos. Le Hip-Hop doit son dynamisme et sa longévité à sa capacité à entrer en contact avec d’autres cultures et à se laisser infiltrer.»[3] Par la suite, Steve Gadet élabore davantage sur le hip-hop en tant que culture en ajoutant : «Le hip hop, comme toutes les cultures, se définit et progresse par ses contradictions internes. Ce sont, en réalité, ces contradictions qui maintiennent la culture vivante. Les années soixante-dix furent une période de changements urbains, technologiques, économiques propice à l’évolution créative de la culture.»[4] En d’autres mots, cette culture est en constante progression et est issue des transformations de la ville des années soixante-dix.

Pour continuer, d’après plusieurs auteurs, dont entre autre Gabriella Djerrahian, «la culture hip-hop a pris forme au cours de rassemblements festifs de quartiers («block parties») qui ont permis un contact direct entre des expressions musicales et corporelles innovatrices (Dj-ing, b-boying, graffitti).»[5] Dans son article, elle précise les motifs de l’émergence de la culture hip-hop dans le sud du Bronx à New York[6] : «le hip-hop est issu des interactions culturelles et artistiques entre diverses communautés afro, latino et caribéenne américaines ayant en commun une relative marginalisation socio-économique liée aux politiques gouvernementales et à la discrimination raciale.»[7] Elle souligne aussi l’importance qu’a la musique dans la culture et l’influence qu’elle a sur la propagation de la culture hip-hop à travers le monde : «La capacité qu’ont la musique et la performance rap à dénoncer, en les extériorisant, la frustration sociale et le malaise urbain des Afro-Américains a propulsé la culture hip-hop en dehors des frontières américaines, vers une mondialisation massive.»[8] Puis, dans un autre article sur la culture hip-hop, Hélène Taddei-Lawson décrit comment le mouvement hip-hop s’est formé en tant que culture locale et s’est rapidement transformé en une culture internationale : «Parti du Bronx, le mouvement hip-hop a traversé les frontières géographiques, sociales et culturelles. Il s’est développé dans les plus grandes villes du monde et les zones rurales trouvant à chaque fois son identité propre.»[9], «Le hip-hop parti de la rue, voix d’une jeunesse défavorisée […] continue de s’étendre et à prendre de l’ampleur. En définissant l’actualité culturelle de la rue, il devient une forme d’art à part entière, une culture authentique et vivante.»[10]

De plus, Hélène Taddei-Lawson continue en spécifiant la capacité qu’a le hip-hop de s’adapter à l'environnement ou le milieu dans lequel il est employé.[11] Ensuite, elle explique comment les progrès des communications et technologiques font propulser la culture vers une progression constante : «Sa diffusion par la médiatisation intensive des années quatre-vingt aux États-Unis et en France est une véritable révolution.»[12], «C’est le début du mouvement hip-hop qui se répandra dans le monde entier et aura des répercussions sociales et artistiques considérables.»[13]

Selon Hélène Taddei-Lawson, «La relation musique et danse est l’essence même du hip-hop, les formes gestuelles ayant évolué avec les formes musicales.»[14] Elle développe aussi sur les formes artistiques que nous retrouvons dans la culture hip-hop : «Le rap est la discipline la plus connue du grand public. Cette technique vocale qui consiste à parler sur du rythme est directement issue de la tradition des griots : elle raconte la vie du ghetto.»[15], «Les tags […] et les grafs, fresques stylisées, apparaissent sur les murs de la ville, désormais porteurs de messages. Le break dance par ses performances novatrices, devient un puissant moyen de communication.»[16] Ces disciplines artistiques sont l’essence de la culture qui comporte généralement quatre éléments de bases sans pour autant être contraint à ces éléments : «Le mouvement hip-hop est composé de plusieurs disciplines : le djaying, le b-boying, autrement nommés les breakers boys, le mcing, le graffiti, et un cinquième élément, récemment intégré, le knowledge, qui consister à faire connaître la culture hip-hop dans toute sa diversité, aussi bien sur le plan formel que fondamental.»[17] «Au-delà de chacune de ces formes artistiques, les artistes et leurs auditoires considèrent le hip-hop comme un mode de vie associé à l’appropriation des espaces urbains.»[18] Aussi, une courte définition du mot hip-hop est donnée par l’auteure Véronique Petetin : «Le hip c’est aussi «l’intelligence», et hop «le mouvement» : le hip-hop, c’est l’intelligence en mouvement.»[19]

Marie Nathalie LeBlanc pose sa réflexion en comparant la culture au niveau local et au niveau international en prenant compte de la distinction que celle-ci peut avoir d’une localité à une autre : «En dépit de son caractère apparemment universaliste, la culture hip-hop se construit en réalité au niveau local, en fonction des enjeux sociaux, politiques, économiques et culturels qui caractérisent chaque espace.»[20]

Elle se penche aussi sur le hip-hop en tant qu’outil de mobilisation par rapport aux conditions infligées par les groupes de population marginalisés ; «Aujourd’hui dans plusieurs milieux populaires, le hip-hop est devenu outil de mobilisation sociale, politique et culturelle.»[21],        «Les premiers artistes hip-hop ont impulsé un mouvement social qui, à l’heure actuelle, se pense comme l’une des principales sources de la culture populaire des jeunes à travers le monde en lien avec diverses expériences de marginalisation.»[22] Enfin, elle ajoute son opinion face à la réussite de la culture hip-hop en ce qui à trait à la sensibilisation des populations défavorisées : «Au-delà de son expressivité, la culture hip-hop est peut-être l’expérience la plus réussie en matière de médiatisation de communautés dites marginales et de mondialisation culturelle.»[23] Pour revenir avec Steve Gadet, celui-ci mentionne l’utilité et la puissance que possède le hip-hop par rapport à son environnement : «Grâce à sa vitalité, la culture hip-hop est devenue un moyen de communication et d’expression pour des millions d’individus venant de tous horizons, sociaux, religieux et raciaux.»[24], «Ce mouvement qui n’était pas censé devenir mondial ni lucratif détient aujourd’hui, grâce à cette mentalité, une puissance sociale, économique et culturelle confirmée.»[25], «Né dans des quartiers et au sein de communauté laissées-pour-compte, le mouvement a su s’imposer comme une force culturelle à l’échelle planétaire.»[26] Enfin, trois auteurs joignent forces pour s’exprimer sur la portée des messages transmis par le hip-hop. Ils affirment que parce que le hip-hop «s’adresse à tout le monde, son origine social et sa raison même d’exister font qu’il parle en premier lieu aux classes populaires, dans le sens ou elles se sentent concernées par le message véhiculé.»[27], et qu’il «est un mouvement culturel interdisciplinaire dont l’expérience esthétique a su provoquer un changement dans les attitudes, les regards, une prise de conscience.»[28]

2. La formulation de la question de recherche
Es-ce que la culture hip-hop a le pouvoir d’influencer des changements sociaux dans les communautés marginalisées?

3. La problématique
Tout d’abord, dès son origine au début des années soixante-dix, ce mouvement socioculturel a porté un discours politique revendicateur.[29] En effet, Jenny MBaye mentionne le type de messages retrouvés dans le hip-hop et l’influence de ceux-ci : «Les acteurs hip-hop déploient une politique différentielle […] en intégrant dans leurs pratiques artistiques un discours politique et tourné vers une juste démocratie.»[30] Elle précise que cette culture «encourage également les jeunes générations à se défendre, à parler pour elles-mêmes et à exprimer leurs opinions.»[31], «Il devient possible de donner, à ceux au nom duquel les acteurs hip-hop s’élèvent, les moyens d’agir et de changer leur avenir selon leurs propres termes.»[32] Elle ajoute par la suite sa définition de l’activisme en faisant un lien avec son rôle joué dans la forme musical du hip-hop : L’activisme peut être généralement décrit comme une action intentionnelle visant un changement politique ou social : l’activisme se traduit alors par la revendication d’une manière alternative de penser et de pratiquer la démocratie. Dans cette optique, la musique apparaît dès lors comme un véhicule puissant de productions discursives qui peuvent perturber l’ordre social établi, s’en libérer, s’en affranchir de façon progressiste.[33]
Pour sa part, Steve Gadet affirme que l’activisme présent dans la culture hip-hop permet de poser des actions concrètes tout en permettant la réflexion collective et la dénonciation de problèmes présents dans la société.[34] Il ajoute que l’activisme consiste aussi «à effectuer des actions caritatives, des opérations de sensibilisation.»[35] Puis, l’auteur précise son point de vue : «Entre dénonciation, nihilisme et engagement, il est indéniable que la culture Hip-Hop et ses porte-parole ont un impact certain sur la vie politique nord-américaine.»[36]



Ensuite, l’auteur du livre La Culture Hip-Hop Dans Tous Ses États élabore d’un point de vue l’influence des représentants de la culture hip-hop sur la communauté : «Les artistes et les personnalités Hip-Hop […] transmettent l’opinion d’une partie de la communauté et, de cette manière, exercent un pouvoir social.»[37], il explique aussi qu’en organisant et en prenant part à des ateliers et à des conférences, ainsi qu’en faisant des «actions sociales communautaires»[38], les acteurs du hip-hop font en sorte de promouvoir la culture et ses valeurs d’origines, et utilisent ainsi le hip-hop «comme vecteur de changement social constructif.»[39] Selon Hélène Taddei-Lawson, le hip-hop est un mouvement artistique qui est capable de transformer l’énergie (dégagée par ce mouvement) en force social.[40] Elle ajoute ensuite : «Il prend ainsi tout son sens en s’inscrivant dans le projet ambitieux de la culture : celui de contribuer au décloisonnement des classes sociales et permettre aux idéaux humanistes de l’art d’imposer leur réalité.»[41] Enfin, «La culture hip-hop se veut avant tout un moyen de diffusion de la connaissance, laquelle conduit immanquablement à l’émancipation de l’individu, cette dernière seule permettant qu’il y ait transformation sociale.»[42]

4. La formulation de l’hypothèse
La culture hip-hop à la capacité d’influencer des changements sociaux dans les sociétés marginalisées.


Bibliographie
1. Livre
GADET, Steve. La Culture Hip-Hop Dans Tous Ses États, Paris, L’Harmattan, 196 p.

2. Articles tiré d’une base de données
BAZIN, Hugues; BORNAZ, Naïm; SLIMANI, Mehdi. « Quels enjeux pour un art et une culture populaires en France ? », Cahiers de recherche sociologique, [En ligne], no 49, (2010), p. 123-145, dans Érudit (Page consultée le 23 octobre 2012)
DJERRAHIAN, Gabriella. « Éléments d’une négritude mondialisée : le hip-hop et le conscience raciale chez les jeunes Israéliens d’origines éthiopienne », Cahiers de recherche sociologique, [En ligne], no 49, (2010), p. 17-45, dans Érudit (Page consultée le 11 novembre 2012)
LEBLANC, Marie Nathalie. «Entre résistance et commercialisation : à la recherche du renouveau politique Présentation», Cahiers de recherche sociologique, [En ligne], no 49, (2010), p. 5-15, dans Érudit (Page consultée le 30 octobre 2012)
MBaye, Jenny. «AURA ou de la production politique de la musique hip-hop», Cahiers de recherche sociologique, [En ligne], no 49, (2010), p. 147-160, dans Érudit, (Page consultée le 30 octobre 2012)
PETETIN, Véronique. «Slam, rap et «mondialité»», Études, [En ligne], no 410, (juin 2009), p. 797-808, dans CAIRN (Page consultée le 23 octobre 2012)
TADDEI-LAWSON, Hélène. « LE MOUVEMENT HIP-HOP », Insistance, [En ligne], no 1, (janv. 2005), p. 187-193, dans CAIRN (Page consultée le 23 octobre 2012)




[1] Steve GADET. LA CULTURE HIP-HOP DANS TOUS SES ÉTATS, Paris, L’Harmattan, 2010, p. 25.
[2] Ibid. p. 25.
[3] Ibid. p. 11.
[4] Ibid. p. 23.
[5] Gabriella DJERRAHIAN. « Éléments d’une négritude mondialisée : le hip-hop et le conscience raciale chez les jeunes Israéliens d’origines éthiopienne », Cahiers de recherche sociologique, [En ligne], no 49, (2010), dans Érudit (Page consultée le 11 novembre 2012), p. 21.
[6] Ibid. p. 21.
[7] Ibid. p. 21.
[8] Ibid. p. 22.
[9] Hélène TADDEI-LAWSON. « LE MOUVEMENT HIP-HOP », Insistance, [En ligne], no 1, (janv. 2005), dans CAIRN (Page consultée le 23 octobre 2012), p. 193.
[10] Ibid. p. 188.
[11] Ibid. p. 189.
[12] Hélène TADDEI-LAWSON. « LE MOUVEMENT HIP-HOP », Insistance, [En ligne], no 1, (janv. 2005), dans CAIRN (Page consultée le 23 octobre 2012), p. 193.
[13] Ibid. p. 187.
[14] Ibid. p. 190.
[15] H. TADDEI-LAWSON, op. cit., p. 189.
[16] Ibid. p. 187.
[17] Véronique PETETIN. «Slam, rap et «mondialité»», Études, [En ligne], no 410, (juin 2009), dans CAIRN (Page consultée le 23 octobre 2012), p. 799.
[18] Marie Nathalie LEBLANC. «Entre résistance et commercialisation : à la recherche du renouveau politique Présentation», Cahiers de recherche sociologique, [En ligne], no 49, (2010), dans Érudit (Page consultée le 30 octobre 2012), p. 5.
[19] Véronique PETETIN. «Slam, rap et «mondialité»», Études, [En ligne], no 410, (juin 2009), dans CAIRN (Page consultée le 23 octobre 2012). p. 800.
[20] Marie Nathalie LEBLANC. « Entre résistance et commercialisation : à la recherche du renouveau politique Présentation », Cahiers de recherche sociologique, [En ligne], no 49, (2010), dans Érudit (Page consultée le 30 octobre 2012), p. 8.
[21] Ibid. p. 15.
[22] Ibid. p. 8
[23] Ibid. p. 5.
[24] Steve GADET. LA CULTURE HIP-HOP DANS TOUS SES ÉTATS, Paris, L’Harmattan, 2010, p. 89.

[25] Steve GADET. LA CULTURE HIP-HOP DANS TOUS SES ÉTATS, Paris, L’Harmattan, 2010, p. 57.
[26] Ibid. p. 41-42.
[27] Hugues BAZIN; Naïm BORNAZ; Mehdi SLIMANI. « Quels enjeux pour un art et une culture populaires en France ? », Cahiers de recherche sociologique, [En ligne], no 49, (2010), dans Érudit (Page consultée le 23 octobre 2012), p. 138.
[28] Ibid. p. 131.
[29] S. GADET, op. cit., p. 37.
[30] Jenny MBaye. «AURA ou de la production politique de la musique hip-hop», Cahiers de recherche sociologique, [En ligne], no 49, (2010), dans Érudit, (Page consultée le 30 octobre 2012), p. 156.
[31] Ibid. p. 156.
[32] Jenny MBaye. «AURA ou de la production politique de la musique hip-hop», Cahiers de recherche sociologique, [En ligne], no 49, (2010), dans Érudit, (Page consultée le 30 octobre 2012), p. 156.
[33] Ibid. p. 159.
[34] Steve GADET. LA CULTURE HIP-HOP DANS TOUS SES ÉTATS, Paris, L’Harmattan, 2010, p. 39.
[35] Ibid. p. 39.
[36] Ibid. p. 41.
[37] Ibid. p. 92.
[38] Ibid. p. 85.
[39] S. GADET, op. cit., p. 85.
[40] Hélène TADDEI-LAWSON. « LE MOUVEMENT HIP-HOP », Insistance, [En ligne], no 1, (janv. 2005), dans CAIRN (Page consultée le 23 octobre 2012), p. 191.
[41] Ibid. p. 193.
[42] Hugues BAZIN; Naïm, BORNAZ; Mehdi, SLIMANI. « Quels enjeux pour un art et une culture populaires en France ? », Cahiers de recherche sociologique, [En ligne], no 49, (2010), dans Érudit (Page consultée le 23 octobre 2012), p. 131.


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